TPL_RGAAC3RB_EVITEMENT_CONTENT TPL_RGAAC3RB_EVITEMENT_RECH TPL_RGAAC3RB_EVITEMENT_MENU

Le désherbage en bibliothèque

Le désherbage est une opération indispensable dans le circuit du livre, et pourtant la moins pratiquée dans les bibliothèques.
Il s’agit de supprimer des livres en nombre, du fonds de la bibliothèque.
Cela doit être le projet commun de l’équipe des bibliothécaires, chaque responsable, bénévole, professionnel qui travaille à la bibliothèque doit être convaincu du bien fondé de l’opération et y être partie prenante.

Pourquoi veut-on supprimer des livres de nos bibliothèques ?

 

Qu’est-ce que le désherbage ?
Le désherbage est une étape naturelle du cycle de la vie des collections. Il consiste à retirer des documents (livres, revues, CD, DVD etc.) des collections, soit parce que ceux-ci sont en mauvais état, soit parce que leur contenu est obsolète, ou parce que leur taux de rotation est trop faible par rapport au taux moyen de rotation de la collection désherbée (très peu d’emprunts), ou encore parce qu’il s’agit d’une erreur d’achat ou d’un achat en nombre pour une animation particulière.
Le désherbage est donc nécessaire pour mettre en valeur les collections. Il permet d’améliorer leur visibilité en aérant les rayonnages.
Il participe à la bonne tenue générale de la bibliothèque dont l’objectif est de proposer aux usagers des collections en bon état, aux contenus pertinents et actualisés.

« Les collections des bibliothèques territoriales ou de leurs groupements […] sont régulièrement renouvelées et actualisées. » (Loi du 21 décembre 2021 relative aux bibliothèques et au développement de la lecture publique, Article 6)

Les dons
Selon leur état, les documents retirés des collections seront (selon leur état) détruits ou donnés (hors DVD, les droits de consultation ne pouvant être cédés) à des associations, maisons de retraite, hôpitaux, prisons, etc.

« Les documents appartenant aux bibliothèques de l’Etat, de ses établissements publics, des collectivités territoriales et de leurs groupements […] et dont ces bibliothèques n’ont plus l’usage peuvent être cédés à titre gratuit à des fondations, à des associations relevant de la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association […]. » (article 13 de la loi précitée)

Il n’est pas obligatoire d’établir une convention avec les associations à qui sont destinés ces dons, sous réserve que ces associations relèvent de la loi du 1er juillet 1901 et que leurs ressources sont affectées « à des œuvres d’assistance ou à des organisations mentionnées au II de l’article 1er de la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire » (ibid).
Dans cette même logique de favoriser l’économie sociale et solidaire, ces associations ont la possibilité d’effectuer une vente des documents qui leur ont été donnés.

« Par dérogation aux articles L. 3212-2 et L. 3212-3 du présent code, ces documents peuvent être cédés à titre onéreux par ces fondations, associations et organisations. » (ibid)

À noter qu’une collectivité ne doit pas donner ses documents pilonnés à une autre collectivité sans avoir établi de convention, bien qu’une jurisprudence ait été prononcée pour les dons entre collectivités sans convention dans le cas où ces dons répondraient à des motifs d’intérêt général.
Il est toutefois fortement conseillé d’en établir une.

« La jurisprudence actuelle semble admettre la possibilité pour des personnes publiques de céder des biens à titre gratuit ou à un prix inférieur à leur valeur, lorsque cette cession est justifiée par des motifs d’intérêt général. » (Guide pratique d’utilisation du code général de la propriété des personnes publiques, p. 132)

Enfin, il n’est pas autorisé de laisser les documents désherbés à la disposition des usagers, cette pratique (qui existe pourtant) n’ayant pas été prévue par la loi.

Une bibliothèque peut également vendre les documents qu'elle a désherbés (hors DVD), mais elle doit au préalable en informer sa tutelle, qui prendra les dispositions administratives nécessaires (délibération du conseil municipal).
Le produit de la vente ne reviendra pas à la bibliothèque, mais à la collectivité dont elle dépend.

 

Quelle méthodologie ?


Pour celles et ceux qui se sentiraient dépourvu(e)s par rapport à la méthode à employer pour désherber, nous vous recommandons la méthode IOUPI établie par la Bibliothèque Publique d’Information.
Il s’agit d’établir une grille IOUPI prenant en compte les critères suivants pour estimer le maintien ou la suppression du document :
I : Incorrect, fausse information.
O : Ordinaire, superficiel, médiocre.
U : Usé, détérioré, laid.
P : Périmé.
I : Inadéquat, ne correspond pas au fonds.

 

Quand doit-on désherber ?


Pour une bonne gestion des collections, cette opération de désherbage doit être effectuée régulièrement, en contrepoint de l’accroissement des collections. Cela permet de proposer au public des fonds équilibrés et attrayants sans augmenter brutalement la charge de travail des bibliothécaires.
Si toutefois il est décidé de procéder à un désherbage important et inhabituel, il convient de ne pas sous-estimer le temps nécessaire pour cette action, et de l’effectuer durant un temps de fermeture au public.

 

Quelle procédure doit-on suivre ?


• Il est demandé d’obtenir une délibération permanente du Conseil municipal. En effet, bien que le désherbage ait été rendu parfaitement légitime par la Loi Robert du 21 décembre 2021 par l’obligation qu’ont désormais les bibliothèques à renouveler et actualiser leurs collections (article 6 cité plus haut), le désherbage reste une opération souvent mal comprise par les usagers. Il est utile pour les équipes de bibliothécaires d’obtenir une délibération permanente qui justifiera les actions régulières de désherbage.
La loi Robert constitue un bon argumentaire à présenter aux élus pour rédiger la délibération.

 

Modèle de délibération ci-dessous :


"Monsieur le Maire propose de définir une politique de régulation des collections de la Bibliothèque municipale et d'en définir ainsi qu'il suit les critères et les modalités d'élimination des documents n'ayant plus leur place au sein des collections de la bibliothèque municipale.
L’élimination des documents portera sur :
- Les documents en mauvais état physique (lorsque la réparation s'avère impossible ou trop onéreuse) ou contenu manifestement obsolète : les ouvrages éliminés et remplacés pour cette raison seront détruits et, si possible, valorisés comme papier à recycler ;
- Le nombre d'exemplaires trop important par rapport aux besoins : les ouvrages éliminés pour cette raison seront proposés à des institutions qui pourraient en avoir besoin (petites bibliothèques, hôpitaux, maisons de retraite, associations de coopération avec le Tiers-Monde ou l'Europe de l'Est, etc.) ou, à défaut détruits et, si possible valorisés comme papier à recycler ;
- Les formalités administratives : dans tous les cas, l'élimination d'ouvrages sera constatée par un procès-verbal mentionnant le nombre d'ouvrages éliminés et leur destination, auquel sera annexé un état des documents éliminés comportant les mentions d'auteur, de titre et de numéro d'inventaire, cet état pouvant se présenter soit sous forme d'un paquet de fiches, soit sous forme d'une liste ;

Monsieur le Maire charge Madame X, Responsable de la Bibliothèque municipale de procéder à la mise en œuvre de la politique de régulation des collections telle que définie ci-dessus et de signer les procès-verbaux d'élimination."
(Source : BDP de la Savoie)

Les logiciels de gestion utilisés par les bibliothèques informatisées permettent de comptabiliser, d’identifier dans le catalogue les documents qui en auront été retirés et d’en garder une trace. Le retrait de l’inventaire se fait donc simplement par voie informatique (par l’onglet « Gestion du pilon »).
Si la bibliothèque n’est pas informatisée, il faudra veiller à rayer à l’inventaire les livres éliminés et à établir une liste des documents pilonnés.

Il faudra ensuite retirer toute marque d’appartenance du document aux collections de la bibliothèque (rayer les codes-barres et tampons) et apposer l’une des mentions suivantes sur la page de titre (quand il s’agit d’un livre) - « Pilon », « Retiré de l’inventaire » ou « Annulé à l’inventaire » - de façon manuscrite ou par un tampon prévu à cet effet.

• Les documents seront ensuite répartis selon ce qui aura été décidé : déchetterie pour recyclage (auquel cas on prendra garde à retirer les couvertures plastiques), dons etc.

 

Pour aller plus loin

  •  Un livre : Désherber en bibliothèque : manuel pratique de révision des collections, sous la direction de Françoise Gaudet et Claudine Lieber, Le Cercle de la Librairie, 2013.

 

  •  Une fiche-pratique : 1735-desherber-en-bibliotheque.pdf (enssib.fr)